lundi 3 mai 2010

"N'envoyez pas votre godmiché à la mercière pour y faire poser des rubans."

C'est peut-être à cause de ma gueule de métèque, ou de la suspicion qu'engendrerait un accent remorqué du pays de glace ou de mes deux décennies et quelques d'existence qui prédisposent aux préjugés... jeune, volage et voleuse... mais je n'ai jamais eu de chance chez les mercières. Les petites mercières de coin de rue en voie de disparition. Celles dont la devanture vomit des falbalas en tout genre, un bric-à-brac hétéroclite, des roustissures et surtout des kits de broderie au point de croix kitchissimes... chalet suisse encadré s'il-vous-plaît, chatons qui se sautent sur un coin de napperon, demoiselles emperlouzées en promenade avec un clebs et une ombrelle. Celles où on apperçoit le bouton qu'il nous faut parmis un ramassis d'autres qui laissent perplexe... on se demande bien qui va bien pouvoir en faire quoi avec ça en leur souhaitant bien de la chance. Et les autres aussi. Celles qui sont devenues des institutions A.O.C. avec pignon sur rue dans plusieurs villes importantes ici comme ailleurs. Et puis il y a les rubanneries nipponnes de la capitale.

J'ai beau être souriante jusqu'à en faire claquer mes zygomatiques. J'ai beau faire mon ingénue pour flatter l'égo hypertrophié de la dragonne de la maison. Rien n'y fait. C'est bien le versant noir de la couture. La démarche pour trouver la denrée rare. Hexagonalement parlant je dis bien. Les anglo-saxons semblent avoir mieux compris l'affaire. Du fournisseur londonien aux déstockeuses de tissus haute couture à prix imbattables à New York, les petits métrages comme mes chichis et tergiversations d'amateur de la chose cousue ne semblent pas indisposer plus que ça. En Belgique, chez Stragier je peux demander, un brin spleenétique, un brin parnassien, et très zinzin "plus ou moins une vingtaine de centimètres de soie rose barbapapa mais plus soutenu... vous voyez... pas comme ceux des fêtes foraines mais comme ceux qu'on illustre dans les livres pour enfants". Chez ma mercière locale je ne peux même plus me permettre de demander une épingle de broche métallisée de 3cm de long sans me faire renvoyer dans les cordes avec un rictus pincé... après ça a le culot en plus de se demander pourquoi le petit commerce fait faillite! Nan mais alors! Parfois, et à quelques très rares et bienheureuses exceptions, le simple fait de passer le seuil d'une boutique et d'y faire tintinabuler la clochette, de demander un timide conseil... "Vous avez de la vlieseline thermocollante pour laine et soie"... ou de dépenser moins que ce que l'on attend de vous,  livre le malheureux client en pâture à la plus sotte désobligeance et autres traitements des plus réfrigérants. "Voilà une bien petite commande Madame." J'en ai fait des prurits à retenir des vocables peu catholiques. J't'emm**** rombière, et puis tes trois boutons en corozo, tu peux t'en garnir le radada! Ca fera une attraction, va ! Y tombera du boudin grillé que j'remmettrai pas les godillots ici!

Moi qui m'étais raccrochée à une image d'épinal de la mercerie. Manet? Ou Renoir? Mes pavés sur l'histoire de l'art sont restés de l'autre côté de l'Atlantique. Une petite échoppe débordante. La matronne derrière sa caisse aux traits tirés d'une sévérité factice prête à secourir toujours in extremis et surtout pour des objets d'un soi-disant négligeable... ainsi le tailleur de Gloucester peut y envoyer Simpkins son chat y quérir un bout de cordonnet de soie de couleur cerise pour teminer une boutonnière... Faut dire que le monde moderne tue le songe et le fantasme d'une pichenette.

Au corps à corps dans une mercerie, je préfère de loin l'achat virtuel, merci! C'est rapide. C'est propre. C'est efficace. On n'y fait pas de l'antichambre. Et c'est garanti 100% sans contact avec Dame Alizon vieille peau de saucisson!

9 commentaires:

  1. Un peu d'accord avec toi... Près de chez moi il y a encore une vraie mercerie (avec les chatons et tout et tout) tenue par une dame centenaire et peu aimable... L'autre jour, pleine de bonne volonté, je me rends chez la dite dame... me disant qu'il est temps de faire un peu marcher le commerce local...
    Et bien, mal m'en a pris!
    Super cher (2€ le bouton), pas de choix (trois vieux rubans poussièreux, de la dentelle plus old school tu meurs) et surtout un accueil glacial de la commerçante que j'avais du réveiller de son hibernation.
    Alors finalement, je préfère aussi voguer sur la toile à la recherche de petites choses sympas, pas chères et sans contact humain désgagréable!

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  2. Help! C'est un fléau national!!!!

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  3. je dis merci d'avance à Anaïs pour m'avoir fait atterrir sur ton blog, je viens de lire ton premier article, et voilà que déjà ton blog entier me plaît déjà.
    J'aime beaucoup ton franc parlé, c'est rare maintenant les gens qui disent réelement ce qu'elles pensent !!
    et pis à propos de ton histoire je suis vraiment vraiment d'accord à 100% je n'ai que 20ans et à chaque fois c'est la même chose, c'est à peine si après avoir faire retentir cette clochette si stridente, on ne te suis pas de peur que tu cache un paquet d'aiguille dans ton soutien gorge !! RRRRrrraa je te jure la vie et les commerçantes maintenant !! j'ai l'impression qu'il faut être vieille et ridé pour pouvoir faire de la couture !! et du coup en plus comme tu est jeune on pense que tu ne fait que de la mer**, que tu ne sais même pas te servir d'une aiguille n i que tu sache à quoi sert du biais ou encore du thermocollant si elle savent elle même ce que c'est !!


    désolé, mais finalement cela fait de bien de se plaindre des fois ..

    ~ bises ~

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  4. Bises de bienvenue alors!
    Ah! Nous souffrons mais pas toujours en silence! Ca fait du bien de ventiler tout ça n'est-ce pas?!

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  5. J'aime beaucoup le ton de ton billet, c'est tellement criant de vérité!!!
    allez je vais lire la suite de ton blog qui me plaît bien!!

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  6. Bonjour je découvre ton blog avec plaisir. Moi c'est tout le contraire, je fréquente ma mercerie "locale" et j'aime trop y aller (peut etre un peu trop d'ailleurs lol), mais bon contrairement à toi, y'a beaucoup de choix, parmi les vendeuses, y'en a des jeunes et meme un tit jeune homme lol. Et le jour où j'ai découvert qu'ils vendaient du biais liberty, je me suis auto déclarée "addict de ma mercerie" lol. Seul bémol.. le prix.. mais bon quel plaisir quand les vendeuses me reconnaissent et me demandent où en sont mes tites coutures ! biz

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  7. Mais c'est qu'elle mêle virulence et humour avec virtuosité !!! Mais alors vraiment tout à reconsidérer en matière de déférence avec le petit commerce !!!
    Il estoù le bouton pour s'abonner à une quelconque news letter ?! Pfff on se sent bien accueilli içi .... A bientôt

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  8. Euhh... ça demande des connaissances en informatique ça?!

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